Assurance et gestion de risque : avez-vous besoin de la garantie prolongée sur votre téléviseur?

Dans un savoureux numéro de son spectacle Still Hungry, le défunt humoriste John Pinette raconte l’achat de son téléviseur[1]. Le vendeur lui suggère fortement une garantie prolongée sur son téléviseur. Il concède finalement qu’il touche un boni substantiel sur la vente de la garantie prolongée. Le même scénario se répète pour un grille-pain d’une valeur de 40$. Au vendeur il répond, comme lui seul peut le faire, en criant ceci :

« I think I am going to absorb the risk on this one. I’m not a gambler but I am feeling lucky!”

« Je pense que je vais absorber le risque dans ce cas-ci. Je ne suis pas un parieur mais je me sens chanceux ! »

La question posée par John Pinette est la suivante : pour qui est-ce payant d’assurer un risque? Lesquels devrions-nous assurer et lesquels devrions-nous absorber nous-même?

La question posée par John Pinette est la suivante : pour qui est-ce payant d’assurer un risque?

Comment savoir si vous avez besoin de gérer un risque?

La règle de l’Institut Québécois de la planification financière indique ceci :

« Un risque qui a une probabilité élevée, mais qui a des conséquences financières négligeables devrait être assumé. Un risque qui a une probabilité faible, mais dont les conséquences financières ne peuvent pas être assumées par le client sans mettre en danger sa santé financière, devrait être transféré[2].

En langage simple, « transférer » signifie assurer le risque. Il s’agit de payer une prime pour pouvoir refiler les conséquences à un portefeuille plus imposant que le nôtre, celui de l’assureur.

Revenons à l’exemple de John Pinette. Les conséquences financières suivant la défectuosité du grille-pain sont minimes. Advenant la défectuosité du grille-pain, vous utiliserez 40$ déjà épargné pour acheter un autre grille-pain.

Que se passerait-il si vous vouliez faire de même avec votre assurance habitation? Pour une maison de 300 000$ (en coût de construction), vous devriez alors conserver en fonds d’urgence en plus des 300 000$ pour la maison elle-même, environ 150 000$ pour remplacer les biens, 20 000$ pour le nettoyage des débris, et une somme importante pour les dommages qui pourraient être causés à autrui (la maison de vos voisins par exemple). Absorber le risque n’est pas possible pour le commun des mortels. Il faut payer une prime et transférer le risque à un assureur.

Comment appliquer cette approche? Prenons quelques exemples très simplifiés :

Célibataire, 30 ans, sans enfants : Si personne ne dépend financièrement de vous, votre décès sera une source de chagrin mais pas de soucis financiers. Il n’est donc pas nécessaire de prendre une assurance-vie. Les frais consécutifs aux décès devraient pouvoir être couverts par vos avoirs. Par contre, une assurance invalidité sera très importante puisque vous n’aurez aucun revenu advenant une impossibilité d’occuper un emploi à long-terme.

Parents d’enfants en bas âge: Surtout lorsque les parents ont des revenus très inégaux, le décès ou l’invalidité du parent ayant le salaire le plus élevé pourrait mettre en péril le mode de vie des enfants et du conjoint survivant. L’assurance-vie dans ce cas est nécessaire, que ce soit chez l’employeur, un assureur privé ou une combinaison des deux.

Retraités : Si vous avez des revenus de retraite issues de vos rentes et de vos REERs, votre décès devrait entraîner le transfert de tout cela aux héritiers. Dans l’immense majorité des cas, il n’y a pas de pertes pour les héritiers. Bref, sous réserve des quelques cas particuliers, il n’y a plus besoin d’assurance-vie ou invalidité.

Retenons de ces situations les choses suivantes : l’assurance est une solution de dernier recours, lorsque les autres stratégies de gestion des risques ne fonctionnent pas. Dommage que John Pinette n’ait pas rencontré un vendeur d’assurance-vie…

Dans un prochain billet, nous calculerons des besoins d’assurance.


[1] Voyez ce numéro : https://www.youtube.com/watch?v=j6YEpXS_ugU

[2] La Collection de l’IQPF/Module 3 — Assurance et gestion des risques/Première partie — PROCESSUS D’ANALYSE GLOBALE DES BESOINS D’ASSURANCE, section 1.3.2 – Probabilité ou gravité.