Est-ce que je dépense trop?

Après avoir établi le coût de vie pour une planification financière, il arrive régulièrement qu’une personne me demande si son niveau de dépenses est normal, et si elle dépense trop. Puisque je ne suis pas une autorité sur les valeurs morales, qui serais-je pour juger du niveau de vie d’une personne. Cette télévision est-elle un luxe? Ces vacances sont-elles un besoin ou un désir? Cette moto est-elle « de trop »? Ces questions me semblent destinées à une référence spirituelle de votre choix.

Puisque cette réponse n’éclaire pas la personne qui la pose, je vous propose ici une façon différente de voir cette question avec deux cas : votre ancien collègue de travail favori Joe Connaissant et Séraphin Poudrier.

Joe Connaissant a lancé son cabinet de consultation à 30 ans et ses affaires ne dérougissent pas. Ses revenus après impôts sont de 900 000$ annuellement. Parce qu’il épargne 10 000$ et que son courtier en placements a les meilleurs rendements depuis 20 ans, Joe envisage de prendre sa retraite à 60 ans et de conserver le même mode de vie, soit des dépenses de 890 000$ annuellement.

Pour sa part, Séraphin travaille pour un revenu de 80 000$ après impôts annuellement. À force de coupon et d’économies de bout de chandelle, il épargne 45 000$ par année. Il estime que le sport de ses enfants est trop cher et qu’ils peuvent jouer dans le parc. Les vacances en famille sont des attrapes pour les touristes. Il stocke des bidons d’essence lorsque celle-ci est moins chère et appelle cinq compagnies d’assurance chaque année faire diminuer ses coûts. Après avoir lu Pierre-Yves McSween, il a récemment cessé les soupers romantiques avec son épouse Donalda au Tim Horton du coin. Pour Séraphin, pas question de prendre sa retraite avant 65 ans.

Comparons la situation de chacun.

Joe Connaissant épargne 1,11% de son revenu après impôt.  S’il épargne cette proportion entre 30 et 60 ans, avec le rendement de 4% chaque année, il pourra retirer un revenu en dollars d’aujourd’hui de 18 181$, soit 1,13% de ses dépenses au début de la retraite. Si par chance son courtier lui donnait des rendements annuels de 10% par année, une hypothèse de départ nettement irréaliste, il pourrait obtenir 54 074$ de revenus soit 3,35%. Des rendements très élevés ne compensent pas son épargne trop faible.

Quant à lui, Séraphin épargne 56% de son revenu après impôt. À 65 ans, il pourra retirer un revenu de 128 609$ soit 80% de plus que ses dépenses à 65 ans. Même avec un rendement de 1%, il obtiendrait des revenus supérieurs à ses dépenses.

Qu’est-ce que tout cela veut dire?

D’abord, les rendements ne pourront jamais remplacer l’épargne.

Nous observons dans le graphique que toutes les lignes partent du même point d’origine, le zéro.

La première conséquence importante de cette observation est que personne ne peut dépenser 100% de ses revenus sans conséquences, même avec des rendements astronomiques. Le rendement sera toujours de 0$ si le montant épargné est aussi 0$.

Par conséquent, la question n’est pas de savoir si le montant dépensé est « normal ». La question est plutôt de savoir si la proportion de vos revenus épargnés convient à vos objectifs. Joe Connaissant aurait intérêt à accroitre son pourcentage d’épargne s’il veut prendre sa retraite à 60 ans. Pour sa part, Séraphin pourrait délier les cordons de sa bourse et profiter du moment présent sans sacrifier son futur.

La situation présentée ici est largement simplifiée. Nous n’avons pas considéré des revenus de la Régie des rentes ou de la sécurité de la vieillesse. Nous n’avons pas envisagé qu’un ou l’autre pourrait avoir un régime de pension. Nous n’avons pas non plus envisagé d’optimisation fiscale. Votre taux d’épargne nécessaire est donc probablement fort différent.

Malgré ces différences, ces exemples vous permettent de poser la bonne question. Plutôt que de savoir si mes dépenses, qu’elles soient en vêtements, outils, ordinateurs ou vacances,  sont différentes de celles des gens « normaux », il est préférable de déterminer si ce que j’épargne me permettra de poursuivre les dépenses que je souhaite plus tard lorsque je ne travaillerai plus.

Personne ne peut dépenser 100% de ses revenus et espérer prendre une retraite. En échange, si vous avez de bons revenus, vous l’aurez pas à adopter le mode de vie de Séraphin ou a angoisser sur les fluctuations des marchés pour envisager une retraite intéressante. Vous pourrez trouver un juste équilibre entre le présent et le futur.

 


Autres hypothèses

Inflation de 2%

Taux d’imposition de 40%.

Horizon de planification de la retraite : 95 ans.

L’épargne est considérée non-enregistrée avec uniquement des revenus d’intérêts, imposables au taux d’inclusion de 100%. La période d’épargne débute à 30 ans.