Pourquoi l’assurance-vie n’est pas un produit pour s’enrichir?

Plusieurs intervenants dans l’industrie font valoir l’idée qu’une assurance-vie est un investissement payant. L’argument ressemble généralement à ceci. Monsieur Tremblay, un homme non-fumeur de 40 ans, paye une prime annuelle de 3811$ pour une police d’assurance vie-entière qui versera à son décès un montant de 400 000$. Si ce dernier vie pendant 40 ans, il aura payé 152 000$ en primes et sa succession empochera 400 000$. Très alléchant n’est-ce pas?

Armé de cette logique sans faille, pourquoi s’attarderait-il à une police temporaire 20 ans qui ne coûterait que 500$ par année pour le même capital décès?

Il y a 2 problèmes principaux avec cette logique :

  • Le coût d’opportunité est ignoré.
  • Le supposé investissement est inaccessible jusqu’au décès.

Regardons tout ça de plus près.

 

Le coût d’opportunité

Pour savoir si un investissement est payant, il faut calculer le rendement et le comparer à diverses alternatives. Or, un « investissement » de 3811$ par année qui vaut 400 000$ donne un sobre rendement de 4,1% à l’âge de 80 ans (40 ans plus tard)

Si par malheur le paiement annuel de 3811$ était trop exigeant et qu’il fallait alors les étaler mensuellement, le total investi par année serait alors de 4120$ puisque les paiements mensuels ne sont pas offerts gratuitement, bien au contraire. Le rendement chute alors à 3,7%.

Or il est possible de répondre à un besoin d’assurance de 400 000$ pour une prime beaucoup moindre comme nous l’avons vu plus tôt. À 60 ans, M. Tremblay n’aura peut-être plus besoin de sa police personnelle puisqu’il sera tout près de la retraite et que son décès n’entraînera plus de perte financière catastrophique pour sa famille.

Si M. Tremblay épargnait la différence de prime au taux de 3,5% dans un CELI, il aurait à 80 ans 317 934$. Même en tenant compte du capital décès, il serait plus riche après 83 ans.

 

Des sommes inaccessibles

L’investissement dans la police d’assurance n’est accessible qu’au décès. Avant cela, il faudrait toucher la valeur de rachat et ainsi mettre fin au contrat, ce qui serait contre-productif.

Qu’arriverait-il alors si Monsieur Tremblay devait composer avec un imprévu?

Allons-y des hypothèses suivantes :

  • Tremblay gagne des revenus de 60 000$ après impôts.
  • Il épargne 4500$ de ces sommes.
  • Il peut choisir entre les polices T20 ou vie entière.
  • À 49 ans, il doit composer avec une dépense imprévue de 15 000 $.

 

Scénarios

T20 – 400 000$

Vie-entière – 400 000$
Épargne initial

4500$

4500$

Prime à payer

500$

3811$

Épargne restant

4000$

689$

 

Le graphique suivant montre l’évolution de son épargne dans le cas de la police vie entière dont la prime est 3811$, et dans le cas du T20 à 500$.

Nous observons que dans la situation du T20, le bon niveau d’épargne de Monsieur Tremblay lui a permis d’absorber totalement l’imprévu. Il n’a donc pas besoin de s’endetter pour composer avec cette dépense. Dans le cas de la police vie-entière, la prime absorbe une énorme partie de son épargne. Il doit donc emprunter et payer des intérêts. Il s’agit là de la plus grande faiblesse de cette proposition : l’argent est inutilisable.

 

L’assureur ne fait pas de magie

Si l’assureur peut verser ce capital décès, ce n’est pas parce qu’il fait de la magie. Il investit les primes sur les mêmes marchés auxquels vous et moi avons accès, bien qu’avec des frais inférieurs.

Si l’assureur vous offrait un rendement de 12%, l’argent ne pourrait provenir uniquement des marchés. Elle doit provenir des autres clients. L’assureur ne peut verser plus d’argent que les primes et les rendements qu’il obtient. Ceux qui annulent leur police en cours de route financent alors les rendements des autres clients.

Est-ce qu’il y a des gens pour lesquels la police vie-entière est intéressante? La réponse est oui. Vous êtes une de ces personnes si vous avez les caractéristiques suivantes :

  1. Vous avez un besoin d’assurance-vie et vos autres besoins d’assurance, comme l’assurance invalidité, sont couverts. Dans le cas contraire, il faut penser à d’autres solutions.
  2. Vous n’avez plus d’espace REER, d’espace CELI, ni de dettes[1].
  3. Vous avez un fond d’urgence accessible et très bien garni.
  4. Votre retraite est déjà financée. Puisque l’argent d’une police d’assurance-vie est utile à vos héritiers, il faudrait être certain que vous n’en manquerez pas de votre vivant.

Peu de gens sont dans cette enviable situation financière. Si vous correspondez à tous ces critères, vous pourriez alors songer à une assurance-vie pour maximiser la valeur de votre succession.

Alors si vous avez devant vous une proposition qui semble trop belle pour être vrai, consultez un planificateur financier pour vous aider à voir où se trouve votre intérêt.

 

Voir aussi cet article passé: Avez-vous besoin d’une garantie prolongée sur votre téléviseur?

 

[1] Sauf une dette dont les intérêts sont déductibles.


Autres hypothèses utilisées

  • Le rendement à long-terme est de 3,1%.
  • Le taux d’emprunt à long-terme est de 5%.
  • Données sur les primes prises sur Lifeguide en décembre 2017.

Pour les intéressés voici les chiffres.